L’urgence et l’essentiel

J’aime beaucoup cette phrase d’Edgar Morin « A force de sacrifier l’essentiel pour l’urgence , on en finit par oublier l’urgence de l’essentiel. »

Dans ce moment de confinement, l’urgence est « confisquée », par les professionnels de la santé. Il nous reste l’ « essentiel ».
Ce temps suspendu ponctué par le balancement de l’horloge médiatique, qui, toutes les heures sonne les bonnes performances du virus, nous confronte à cette urgence de l’essentiel que nous avons « sacrifiée ».

L’ « Urgent », c’est facile à définir, ça ne se pense pas, ça se sent. « il est urgent que/de…c’est un besoin irrépressible, si je ne le satisfais pas, il va y avoir un accident ».

L’ « Essentiel » c’est différent, ça se ressent plus ou moins confusément, par moment seulement.

C’est un peu comme le Bonheur, on le reconnait « au bruit qu’il fait en partant ». On prend conscience que le travail était essentiel , lorsque l’on arrive à la retraite tant souhaitée. On découvre que le compagnon, la compagne que l’on ne voyait plus à force de vivre avec, était essentiel, lorsque les urgences les emportent.

« Je suis passé à coté de l’essentiel », dramatique bilan de vie de winners qui ont vécu dans le stress, accros de cette drogue dure qui non seulement ne coute rien , mais rapporte de l’argent, non seulement n’est pas interdite, mais valorisée par la société.
Pourquoi ne pas profiter de cet « arrêt sur image » involontaire et obligatoire, pour reprendre le fil de l’histoire, pour réécrire le scénario du film de notre vie ?

Être l’auteur de sa vie, n’est-ce pas ça, au fond, l’Essentiel ?

Patrice Marcadé