Après celui sur l’avenir de la planète, à quand un Grenelle sur l’écologie des relations au travail ?

Si, comme l’écrit l’économiste Jacques Généreux dans son livre “La Dissociété” : ”Une vie pleinement humaine consiste dans la réalisation d’un équilibre personnel entre les deux faces inextricables de notre désir d’être :
l’aspiration à “être soi” et l’aspiration à “être avec”, on peut faire l’hypothèse que la souffrance au travail dont on observe une spectaculaire et inquiétante augmentation, est d’autant plus forte que l’organisation du travail contrarie la satisfaction de ces deux besoins.
 
“Etre soi” passe par la capacité à se faire entendre des autres, “être avec” passe par la capacité à s’entendre avec eux. Dans l’entreprise, certains vont être conduits à élever la voix pour être écoutés, d’autres à se taire pour être acceptés. Tous vont se sentir, à un moment ou à un autre,prisonniers de ce choix : “être soi-même au risque de se retrouver tout seul” ou “être avec les autres au risque de devenir un clône.”
La gestion de cette “double contrainte” fait partie du quotidien délicat, parfois douloureux du travailleur, mais l’on ne parlera de véritable“souffrance au travail” que lorsqu’aucun de ces deux besoins n’est satisfaitet que la personne se sent devenir “transparente” à elle même et aux autres.
Elle n’exprime plus qu’une plainte, accablée d’être si peu capable de se
défendre, si peu sûre d’elle même et des autres.
Les multiples somatisations (Troubles Musculo Squelettiques, troubles du sommeil…) peuvent être comprises comme des tentatives désespérées d’affirmer son existence : « je soufre donc je suis ».
Réintroduire de la parole, recréer des solidarités, rétablir le lien rompu nous semble être une priorité. La recherche de modalités d’action pour rétablir la communication dans le monde du travail devient une urgence.
 
Que retrouve le salarié dans les grandes grèves, dans les luttes sociales ?
La satisfaction du besoin d’« être avec » et l’occasion d’« être soi », de montrer aux autres qui l’on est, de quoi on est capable.
Si, sur le plan écologique, la détérioration de l’environnement, la raréfaction des matières premières, les changements climatiques nous obligent à envisager de nouveaux modes de vie, que faisons nous de la détérioration du climat social ?
L’augmentation des suicides, des diverses pathologies dues au travail devraient nous rappeler l’urgence d’inventer de nouvelles façons de vivre et travailler ensemble. En effet, en considérant la personne comme une simple force de travail, nous la privons peu à peu de sa source d’ énergie : sa relation à l’Autre.


Patrice Marcadé