Le conflit, une solution à la souffrance au travail ?

“En dix ans, les troubles musculo-squelettiques sont passés de 1000 à 35 000 par an.
En 2005, il y a eu 760 000 accidents du travail en France. Deux personnes par jour meurent dans des accidents du travail.
Deux millions de salariés subissent du harcèlement mental et des maltraitances, 500 000 sont victimes de harcèlement sexuel.
Le coût annuel des accidents du travail, des maladies professionnelles et de la maltraitance s’élève à 70 milliards d’euros pour l’Etat et les entreprises.
Sur cinq ans, on a constaté plus de 1000 tentatives de suicide sur les lieux de travail en France, dont 47% ont été suivies de décès.
10% des dépenses de la sécurité sociale sont directement liées aux maladies professionnelles.
Eczéma, insomnies, alertes cardiaques, troubles musculo-squelettiques, ulcères, cancers, dépressions, tentatives de suicide sont les conséquences les plus fréquentes des maltraitances sur les lieux de travail.
Durant la dernière année juridictionnelle, les tribunaux aux prud’hommes ont traité 250 000 litiges.” nous rappelle le dossier de presse du film de Jean-Michel Carré “j’ai très mal au travail” qui sort actuellement en salles.
 
La “souffrance au travail” n’est pas un sujet à la mode, c’est un vrai problème de société.
 
Si, comme nous en faisons l’hypothèse avec l’économiste Jacques Généreux (La Dissociété, Seuil édition) : « Une vie pleinement humaine consiste dans la réalisation d’un équilibre personnel entre les deux faces inextricables de notre désir d’être : l’aspiration à “être soi” et l’aspiration à “être avec” l’organisation actuelle du travail contrarie la satisfaction de ces besoins, et donc augmente la souffrance au travail.
 
Les silences, les fins de non-recevoir, les malentendus, les “pas-entendus” du tout, l’accumulation des petits mépris ordinaires de jour en jour, de mois en mois construisent un mur qui fait honte à ceux qu’il exclut du dialogue social. La fixation d’objectifs impossibles à atteindre dans les délais, maintient le salarié dans l’échec. L’obligation de rendement prive le professionnel de la satisfaction de faire de “la belle ouvrage”.
Un profond sentiment d’injustice nourrit une “juste” colère, l’exigence d’être entendu se fait alors impérieuse. Chacun ayant fait le deuil du plaisir d’être reconnu, apprécié, voire aimé de ses chefs, et n’ayant plus rien à perdre, peut se lancer à corps perdu dans le conflit.
 
La lutte devient alors la “géniale”solution : elle apporte enfin une réponse au besoin de se faire entendre pour “être soi” : on en parle à la télévision, dans les journaux et, en plus, elle satisfait le besoin de s’entendre : on “est avec”, on retrouve avec les “camarades de combat” la chaleur du collectif.
 
Le conflit social permet, cerise sur le gâteau, à chacun d’exprimer une certaine créativité en jachère, dans la fabrication des slogans, l’invention de modes d’action, la conception d’affiches, la fabrication de « mobiles », la création de chansons…
 
Le conflit rend enfin possible, ce que la vie de tous les jours au travail ne permet pas, parfois interdit : l’expression de soi en lien avec les autres, le rêve !
 
Comme dit la chanson : “merci patron, merci patron…”
 
Patrice Marcadé